Pour agir, il faut comprendre.
Comprendre l’ampleur du phénomène des violences subies par les personnes handicapées, dès leur plus jeune âge.
Comprendre leur caractère systémique et leur invisibilisation.
Comprendre les spécificités des différents types de handicap, dont l’autisme.
Les personnes handicapées restent considérées comme des sous-citoyens. Trop souvent, d’autres agissent à leur place, parlent à leur place, décident à leur place. Comment s’étonner, dès lors, qu’elles soient surexposées aux violences.
Toutes les études le montrent. Les personnes handicapées sont davantage exposées aux violences… sous toutes leurs formes.
Les femmes sont particulièrement touchées : elles sont deux fois plus nombreuses à subir des violences sexuelles que celles sans handicap. Quant aux enfants handicapés, ils sont jusqu’à cinq fois plus exposés aux violences sexuelles qu’un enfant sans handicap.
Les violences à l’encontre des personnes handicapées n’échappent pas à la règle commune : elles sont souvent commises par des proches. Le conjoint, notamment. Son rôle d’aidant accroît la situation de dépendance, terreau de la violence, et freine la libération de la parole. Dénoncer, c’est aussi perdre son aidant, aussi pervers soit-il.
Dans les institutions spécialisées, censées être des refuges, les personnes handicapées ne sont pas épargnées par les violences. L’isolement des résidents couplée à l’absence de moyens adaptés pour recueillir leur parole crée un terreau fertile. La culture du déni aussi, qui aboutit à protéger les agresseurs et à réduire les victimes au silence. Les prédateurs le savent bien.
Les violences sexuelles n’ont rien à voir avec la sexualité. Ce sont avant tout des violences qui s’exercent dans le cadre d’un rapport de force et de domination. Elles sont guidées par la volonté de détruire, exploiter, dégrader… Elles s’avèrent par conséquent d’autant plus fréquentes que les victimes cumulent des facteurs de risque liés à des discriminations et des situations de vulnérabilité : âge, sexe, handicap, précarité… Les enfants sont donc les principales victimes. Parmi eux, ceux en situation de handicap se trouvent trois fois plus exposés que les autres. C’est même cinq fois plus pour les enfants ayant des déficiences mentales ou intellectuelles.
Lorsqu’une personne subit une violence sexuelle, le cerveau déclenche un mécanisme de sauvegarde neurobiologique exceptionnel sous la forme d’une disjonction du circuit émotionnel. Cela permet une anesthésie émotionnelle et physique, brutale et salvatrice, au moment des faits mais provoque aussi la mise en place d’une mémoire traumatique, véritable bombe à retardement émotionnelle. Hypersensible et incontrôlable, la mémoire traumatique fait revivre à l’identique les violences sexuelles au moindre lien rappelant le traumatisme.
Ces conséquences psychotraumatiques sont encore plus importantes chez une personne en situation de handicap n’ayant pas les capacités pour appréhender la complexité de ce qu’elle vit. Les troubles qu’elles engendrent constituent autant de signaux pouvant indiquer qu’elle a subi des violences sexuelles. Mais ils sont souvent mis, à tort, sur le compte du handicap. Les professionnels et les parents doivent donc être encore plus vigilants en cas d’apparition de troubles inexistants jusqu’alors ou d’aggravation. Car les troubles psychotraumatiques se traitent avec des techniques psychothérapiques. Et plus l’intervention sera précoce, plus élevées seront les chances d’amoindrir les conséquences de long terme sur la santé.
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La façon dont une société traite les personnes les plus vulnérables est très révélatrice de ses valeurs, de ses peurs, de ses priorités. La manière même dont elle s’organise détermine la possibilité des personnes en situation de handicap à vivre en son sein. Si un bâtiment n’est pas pensé en prenant en compte les déficiences de tous, alors certains ne pourront y accéder. Si l’école ne se conçoit pas comme un lieu d’apprentissage universel, alors les enfants ayant des besoins particuliers n’y auront pas leur place. Et si le lieu de résidence des personnes handicapées les isole du monde, alors elles n’auront pas leur place dans la cité. Or, aujourd’hui, même si les lignes bougent, force est de constater que la plupart des personnes en situation de handicap sont dans la société sans y être réellement et sans en être vraiment.
Comme toutes les femmes, celles en situation de handicap ont bien évidemment besoin d’un suivi gynécologique. Et pourtant, elles y ont beaucoup moins accès. Une étude menée en 2018 et 2019 dans les établissements pour personnes handicapées d’Ile-de-France a montré qu’une résidente sur trois n’avait jamais rencontré de gynéco ou de sage-femmes !
Devenir mère reste un chemin semé d’obstacles pour de nombreuses femmes en situation de handicap. Et ce n’est pas leur handicap qui rend leur aspiration si difficile à réaliser mais le validisme de notre société qui formate les esprits et sclérose les structures. L’idée reste largement répandue qu’une femme handicapée ne peut pas, et pire encore, ne devrait pas devenir mère. Un diktat que de nombreuses d’entre elles ont intériorisé. Et celles qui veulent s’en affranchir se heurtent à de nombreuses résistances.
Faire famille, lorsque l’on est parent en situation de handicap, n’est pas toujours chose aisée. Il faut s’accommoder des regards dénigrants voire malveillants. L’adaptation des gestes du quotidien est souvent faite de bricolages. Quant à la reconnaissance des besoins, c’est une bataille sans cesse à renouveler. Les offres d’accompagnement prenant en compte les spécificités de ces parents sont peu nombreuses, très inégalement réparties sur l’hexagone et souvent mal connues.
Ces femmes ont décidé de témoigner. Une parole précieuse.
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L’AFFA a été créée par cinq femmes autistes. Rapidement, l’association a élargi son champ d’action à tous types de handicap. Mais elle reste bien évidemment très attachée à la situation des personnes ayant un trouble du spectre de l’autisme.
Le repérage d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA) cible souvent les enfants. Pourtant, chaque année, de nombreux adultes demandent un diagnostic, certains après de longues années d’errance. Savoir pour mieux comprendre ses particularités, bénéficier de ses droits et pouvoir aller de l’avant. Une démarche qui comporte de nombreuses étapes et peut s’étendre sur une longue période.
En raison du sous-diagnostic de l’autisme, de nombreuses femmes ne bénéficient pas d’un accompagnement adapté à leur spécificité. Ce qui engendre une autre problématique : la vulnérabilité de ces personnes aux violences.
Les jeunes filles et les femmes autistes rencontrent souvent de plus grandes difficultés dans l’organisation, la planification et d’autres aptitudes utilisées au quotidien.
C’est peut-être l’une des inégalités les plus insupportables : nous ne sommes pas tous égaux pour l’accès aux soins. Toutes les études montrent que, en moyenne, les personnes handicapées ont moins souvent recours à des médecins… alors que toutes les pathologies, quelles qu’elles soient, sont plus fréquentes chez eux. Et ces patients participent jusqu’à deux fois moins aux dépistages organisés pour les cancers. Les femmes autistes ne font pas exception.
Neuf femmes autistes sur dix rapportent avoir subi des violences sexuelles, et près de la moitié avant l’âge de 14 ans. Mais femmes et enfants sont également la cible d’autres types de violences.
Ces femmes témoignent de leur vie avec l’autisme. Une parole précieuse.
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